≡ UN ART VISUEL QUI DERANGE
Un graffiti est une inscription calligraphiée ou un dessin tracé, peint ou gravé sur un support qui n’est normalement pas prévu à cet effet. Le mot graffiti trouve son origine dans le mot italien graffito qui désignait un stylet à écrire. Par la suite, il prendra la signification d’écrire, dessiner ou peindre...
En France les graffitis sont issus d’une tradition new-yorkaise et associés à la culture Hip-hop. Ils sont encore appelés graffs ou graphes et leurs auteurs sont appelés des graffeurs ou des graffiti-artists.
Le graffiti se différencie de la fresque par le statut illégal et clandestin de l’inscription. Il a cependant une importance car il fait parti des témoignages écrits non littéraires et populaires qui peuvent nous apporter des connaissances sur les sociétés qui les a produits. En effet, les graffitis se développent le plus souvent dans des contextes bien spécifiques, notamment lors de tensions politiques comme les révolutions et les guerres.
Aujourd’hui, sans parler du vandalisme, certains graffitis sont de véritables chefs d'oeuvres révélateurs d’un authentique talent artistique.

Les premiers graffitis apparaissent à New York sur les rames de métro qui se retrouvent recouvertes de différents noms. Mais en quelques années, ils deviennent de véritables typographies, entrainant la création d’une véritable mémoire collective, la création de nouveaux styles et de nouveaux groupes qui se caractérisent par leurs origines ethniques et les acronymes qu’ils utilisent comme noms.
Dans les années 80 la culture Hip-hop émerge du graffiti, aux côtés d’autres mouvements tels que le break dance, le rap et la scratch. C’est durant cette période que le graffiti sort du métro pour aller se retrouver dans « les mauvais quartiers », puis dans les grandes villes américaines et européennes. Et si le but premier du graffiti est d’obtenir la célébrité et la reconnaissance des autres taggers, «reconnaissance qui se caractérisera par la suite par une ambition plastique», son développement et les formes qu’il prend intéressent de plus en plus le monde de l’Art qui va même s’en inspirer.
En France, BRASSAI publie en 1960 un livre en collaboration avec PICASSO qui qualifie le graffiti d’Art brut, primitif et éphémère. Puis avec mai 68, le graffiti prend des allures de messages politiques à vocation esthétique. Il prend alors la forme d’affiches, de slogans ou de dessins faits au pochoir.
Le graffiti à la new yorkaise apparaît réellement en France dès 1982-83. Les premiers articles de journaux sur ce phénomène datent de 1986 et vers 1986-87, le graffiti et la culture Hip-hop sont bien ancrés sur les quais de la Seine, les palissades du Louvre, du centre Georges Pompidou, puis dans les cités et banlieues.

Les motivations du graffiti sont nombreuses. Elles peuvent émaner d’une volonté de communication pure avec la diffusion d’un message, d’informations secrètes ou publiques se rapportant au lieu où ils sont faits. Il peut s’agir également d’une réaction à d’autres messages diffusés tels que des publicités, des slogans…Le graff peut être l’expression d’anonyme (ou non), de sentiments ou de vandalisme (« je détruis donc je suis »). Enfin les motivations peuvent être celles d’une volonté de faire transparaître un Art visuel, une littérature ou simplement de jouer sur l’humour.

le dispositif légal
Le graffiti constitue pour le droit pénal français une « destruction, une dégradation ou une détérioration volontaire d’un bien appartenant à autrui » punissable d’une contravention de 5ème classe (1 500 euros) ou d’une amende de 30 000 euros au maximum et de deux ans d’emprisonnement selon la gravité estimée.
S’il est fait sur un « bien appartenant à une personne publique ou chargée d’une mission de service public » l’amende s’élève à 7 500 euros avec une peine de travail d’intérêt général. En cas de racisme, de diffamations ou de menaces de mort il peut constituer un délit en soi.
la lutte anti graffiti
En France c’est surtout le graffiti politique qui est pourchassé avec sévérité. En 1980 les villes s’équipent de machines à pression pour les effacer dû à l’accroissement de plaintes. En 1987 il y a un durcissement judiciaire et les graffitis sont pourchassés jusque dans les lieux désaffectés. La SNCF est la plus touchée par ce phénomène, en effet elle estime à 5 millions d’euros par an le coût du nettoyage de ses trains. Cependant elle reconnaît son côté esthétique en ne souhaitant pas effacer certains graffitis présents sur certaines voies car, selon elle, cela habille des endroits ternes ; et met en garde contre le danger que ces graffeurs prennent en se mettant à proximité des voies. Les pouvoirs publics ont mis en place des supports anti-tags tels que des vernis, des films plastiques, des peintures anti-tag, des surfaces avec des motifs qui rendent les tags illisibles... Ils régulent également la vente des produits en interdisant l’exposition des bombes au public, la vente aux mineurs et la vente de marques indélébiles. Enfin ils tentent de les encadrer en mettant à leur disposition des murs, par exemple Le Palais de Tokyo à Paris ; en organisant des festivals de graffitis (ex : Jam Grafitti à Chalon sur Saône). Mais les graffeurs remettent en cause la volonté des pouvoirs publics à institutionnaliser leur art.
Texte: E.M